Au Maghreb et au Moyen-Orient, des affiches à l'effigie d'Hugo Chavez ont parsemé les manifestations de soutien au peuple palestinien. Une rue porte même son nom dans une ville du nord du Liban.

Les discours anti-américains de Chavez ont toujours trouvé écho dans la région. Mais ses prises de position contre l'opération d'Israël à Gaza, qu'il a qualifiée de "génocide", et sa décision d'expulser l'ambassadeur d'Israël à Caracas ont accru sa popularité auprès des populations arabes.

Inauguration de la rue Hugo Chavez

Au Liban, qui n'entretient pas de relation diplomatique avec Israël, les prises de position du président Chavez sur Gaza ont été particulièrement bien accueillies. A tel point que dans le village de Bireh, à 45 km au nord  de Tripoli, le maire a choisi de dédier une rue au président vénézuélien.

Un portrait géant du président vénézuélien a été installé à l'entrée de cette ville de 17 000 habitants.

 

Le long de la route de Tripoli, ont été déployées de grandes banderoles sur lesquelles est écrit "La nation a besoin d'hommes comme Chavez" ou, comme ci-dessus, "Merci Chavez d'avoir expulsé l'ambassadeur sioniste de ton pays. Quand ferez-vous de même, dirigeants arabes ?". 

 

 

 

 

"Son soutien est indéfectible"

Mohamad Wehbe est le maire de Bireh. Il est l'auteur des photos postées ci-dessus.

"J'ai pris cette décision dès que j'ai appris que le Venezuela expulsait l'ambassadeur d'Israël. Par ce geste, nous avons voulu remercier le président Chavez pour sa solidarité avec la population de Gaza, victime de la barbarie des Israéliens. C'est le minimum que l'on pouvait faire pour lui montrer notre gratitude et notre admiration.

La population de Bireh a applaudi la décision de baptiser une rue du nom de Hugo Chavez. Il faut dire qu'il y a beaucoup d'immigrés libanais au Venezuela. La plupart viennent de notre région, l'Akkar.

Chavez est un symbole dans tout le monde arabe, parce qu'il a pris des positions en notre faveur, depuis des années, alors que le monde entier ferme les yeux sur les actes criminels d'Israël. Concernant le Liban, il avait déjà dénoncé la guerre de 2006, qui a ruiné le pays. Son soutien est indéfectible."

Dans une manifestation pro-palestinienne au Yémen

 

"Chavez est plus respecté et admiré par les Yéménites que la plupart des leaders arabes."

" Chavez reproduit sa politique nationale populiste sur la scène internationale. "

Jean Luc Crucifix vit depuis 1983 à Mérida, dans l'Ouest du Venezuela. Il est chef de projet pour l'ONG Programa Andes Tropicales et tient le blog Venezuelatina.

Hugo Chavez cherche en permanence des failles dans le système international afin de pouvoir se positionner. Avec le renvoi de l'ambassadeur d'Israël, il sait qu'il va toucher un grand nombre de personnes. C'est une reproduction de sa politique nationale populiste sur la scène internationale. Il essaie de toucher les ‘laissés-pour-compte' du système mondial en leur disant ce qu'ils veulent entendre. C'était la même démarche quand il avait traité Bush de "démon" à la tribune de l'ONU. Il a toujours le même objectif : faire avancer les forces progressistes contre "l'empire du mal". Auprès des Occidentaux, ce genre de discours ne trouve pas beaucoup d'écho, mais Chavez sait qu'avec ce qui se passe à Gaza, il touchera les populations des pays arabes.

Chavez a toujours eu des relations cordiales avec les pays les plus radicaux de la région, la Syrie et l'Iran notamment. Il cherche à se créer une image de révolutionnaire dans le monde - un peu comme Fidel Castro, qui avait ainsi recueilli de solides appuis internationaux."

"Est-ce que les Marocains sont conscients du préjudice que représente pour le Maroc l'ovation d'une telle personnalité ? "

Abdelhalim Talhaoui est étudiant en histoire à l'université de Fès. 

"Le gouvernement marocain a gelé ses relations diplomatiques avec le Venezuela parce que ce dernier entretient des relations diplomatiques avec le Front Polisario [mouvement indépendantiste du Sahara occidental]. Pourtant, lors des manifestations organisées au Maroc en solidarité avec le peuple palestinien, certains manifestants ont brandi des banderoles et des affiches acclamant le Venezuela et son président, Hugo Chavez.

Il existe ici une contradiction entre nos intérêts nationaux et une question de politique régionale. Est-ce que les Marocains sont conscients du préjudice que représente, pour leur pays, le fait d'ovationner une telle personnalité, qui s'oppose à la résolution du conflit au Sahara marocain ?"

 

 

Ces photos nous ont été envoyées par Abdelhalim Talhaoui.