Des femmes faisant la queue pour obtenir du pain.

 

Partis "pour témoigner", les militants de l'ONG pro-palestinienne ISM racontent leur vision des combats, depuis la bande de Gaza.

Dix membres du Mouvement international de solidarité (International Solidarity Movement, ISM), une ONG pro-palestinienne, sont actuellement dans la bande de Gaza. Leur objectif : "combattre l'oppression israélienne". Leur credo : la "résistance non-violente". Ils viennent du Canada, d'Australie, d'Espagne ou de Grande-Bretagne, "pour témoigner", et pensent que leur présence peut dissuader l'armée israélienne de frapper. Il y a quelques mois, ils étaient ainsi en mer avec les pêcheurs palestiniens. Depuis le début de l'opération "Plomb durci", ils accompagnent tous les jours les ambulanciers du Croissant-Rouge, évacuent des familles... Et ont refusé de partir en même temps que les 400 étrangers autorisés à quitter la bande de Gaza, le 2 janvier. La Ligue anti-diffamation israélienne accuse l'ISM d'avoir rencontré le Hamas en août dernier, d'avoir été en contact avec des kamikazes et d'avoir caché des membres du Djihad islamique. Il existe même un site américain, baptisé "Stop ISM", qui dénonce la "propagande" de l'ONG. L'association réfute toutefois tout lien "avec un parti", tout en admettant avoir pu être en contact avec des civils proches du Hamas, mais "sans le savoir".

Le récit et les photos de Sharon Lock, une Australienne d'ISM présente à Gaza.

"On pensait que la situation ne pouvait pas empirer. En fait, c'est pire de jour en jour"

Sharon Lock est volontaire au sein de l'International Solidarity Movement. Elle blogue depuis la bande de Gaza, où elle est arrivée en août, à bord du bateau du mouvement "Free Gaza".

Lundi soir, nous avons accompagné des ambulances du Croissant-Rouge.

Avec les autres membres d'ISM, nous pensons que notre présence peut empêcher Israël de les prendre pour cible. Jusqu'à présent, personne n'est mort lorsque nous étions présents. En revanche, cinq médecins ont été tués dimanche. Parmi eux, il y avait Arafa, que nous connaissions. Il venait de mettre un blessé et un mort dans l'ambulance, et au moment de fermer la porte, il a été touché par un obus. Il est mort deux heures plus tard. Il avait cinq enfants... C'est terrible, mais ce genre de choses arrive tous les jours. Le même soir, nous avons évacué une famille avec plusieurs jeunes enfants. Ils allaient bien, mais ils avaient subi de violentes attaques trois nuits d'affilée. Il ne restait rien de leur maison. Nous les avons emmenés à l'hôpital, où on leur a donné une chambre. Mais ils n'ont nulle part où aller après.

Depuis hier, tout le monde est sous le choc pour une autre raison : plusieurs écoles, où des familles s'étaient réfugiées, ont été visées et touchées. Il y a eu plus de 40 morts. Ils pensaient qu'ils y seraient en sécurité. D'ailleurs, c'est Israël qui les avait appelés, chez eux, pour leur dire d'aller dans des écoles. Les autres familles restent dans leur cave. On en voit aussi dans les rues qui fuient avec leurs affaires.

On pensait que la situation ne pouvait pas empirer. En fait, c'est pire de jour en jour. Environ 400 personnes ont quitté Gaza, et nous avions la possibilité de partir. Mais nous avons décidé de rester, pour témoigner et rendre compte de ce qui se passe. Si nous sommes là, nous pensons que les gens sont plus en sécurité. Nous espérons qu'Israël sera plus inquiet si nous restons... Pour la suite, nous n'avons pas réellement de plan. Certains membres d'ISM vont peut-être aller à Jabaliya, d'autres vont peut-être dormir dans les écoles. Mais vue la situation, il est difficile de planifier quoi que ce soit."