Observateurs

L’un de nos Observateurs israéliens, Joel Schalit, nous fait parvenir ce billet où il décrypte la crise à Gaza en la replaçant dans un contexte géopolitique plus large, rappelant notamment l’influence iranienne sur les mouvements palestiniens.

Bien qu'Israël se soit engagée depuis plus d'un an dans un dialogue de paix avec deux de ses grands voisins, l'Autorité palestinienne basée à Ramallah et, plus récemment, le gouvernement syrien, il était en fin de compte impossible d'éviter la guerre et un risque d'embrasement dans la région.

'C'était écrit dans le ciel', a déclaré le Premier ministre égyptien Aboul Gheit au quotidien Haaretz jeudi, expliquant que, ces derniers mois, Israël avait envoyé plusieurs messages au Hamas, menaçant de frapper s'il ne cessait pas les tirs de roquettes sur son territoire. "Malheureusement, le Hamas leur a apporté sur un plateau d'argent une occasion de frapper", a-t-il ajouté.

"Actuellement, Israël n'est pas seulement

en train de frapper le Hamas"

On peut blâmer les provocations du Hamas, (...) mais il faut également replacer la campagne d'Israël dans un contexte plus large. Actuellement, Israël n'est pas seulement en train de frapper le Hamas. Comme l'ont dit plusieurs politiques israéliens ainsi que d'innombrables articles, Israël est aussi en train de répondre à l'Iran, comme lorsqu'elle avait mené son offensive au Liban. Le Hamas a beau représenter les aspirations d'une partie du peuple  palestinien, il le fait essentiellement grâce au soutien financier et militaire de Téhéran, qui voit en lui un relai vers Israël.

Le  Hamas est une organisation très différente du Hezbollah, mais les opportunités qu'il offre pour les intérêts iraniens, aussi bien d'un point de vue religieux que politique, se sont multipliées ces dernières années, en parallèle des tensions grandissantes entre les Etats-Unis et l'Iran au sujet de l'Irak. Tout comme le Hezbollah avait été utilisé par  l'Iran pour faire pression sur Israël, et par ricochet sur les Etats-Unis, le Hamas sert les intérêts iraniens. Quand le mouvement islamiste a pris le contrôle de la bande de Gaza, en 2006, beaucoup d'analystes militaires ont vu dans cette victoire une des étapes d'un grand plan d'encerclement d'Israël par des forces alliées de l'Iran : le Liban et la Syrie au nord, et le "Hamastan" au sud - comme le surnommait le leader du Likoud Benjamin Netanyahu.

Que l'Iran ait des affinités avec les Palestiniens, notamment avec les  islamistes du Hamas, un mouvement traditionnel de libération nationaliste-religieux, est évident. Ces atomes crochus existaient bien avant le 11-Septembre et bien avant les occupations subséquentes de l'Irak et de l'Afghanistan. Toutefois, ce n'est qu'après l'élection d'Ahmadinejad, en 2005, qu'Israël a pris une place disproportionnée dans la politique étrangère de l'Iran, bien plus encore qu'au temps de l'Ayatollah Khomeiny, alors que lui aussi soutenait le Hezbollah.  En fait, avant l'ascension d'Ahmadinejad, qui date de 2003 [année de son élection comme maire de Téhéran], l'Iran envisageait une sorte d'accord avec Israël et envoyait des  signes dans ce sens.

"Il s'agissait  pour Israël de la dernière

opportunité d'agir sans retenue"

D'où la violence de la campagne d'Israël contre le Hamas. C'est le résultat de tous les changements qui ont bouleversé le Moyen-Orient pendant l'ère Bush. Avec le nouveau gouvernement américain qui arrive dans trois semaines, et un nouveau leader qui a indiqué à plusieurs reprises, au grand dam de la plupart des Israéliens, qu'il préférerait s'engager dans un dialogue avec l'Iran malgré son programme d'armement nucléaire, il s'agissait  pour Israël de la dernière opportunité d'agir sans retenue.

Israël était empêché par les Etats-Unis d'attaquer l'Iran directement, même par l'administration Bush. Gaza était donc pour ce pays le meilleur compromis. Et il n'est pas surprenant que le gouvernement américain sur le départ ait fini par approuver l'opération.

Que le conflit en cours entre Israël et le Hamas ait permis à Israël d'exploiter une opportunité au nom de questions stratégiques plus larges ne fait aucun doute. Israël ferme ses frontières mais n'a jamais réussi à empêcher les activistes palestiniens de lancer des attaques sur le sol israélien. Et bien que ces attaques aient fait relativement peu de blessés, les forces palestiniennes ont réussi à susciter un sentiment de peur. Chez les Israéliens du sud, mais aussi au sein d'une armée qui, depuis une dizaine d'années, ne parvient pas à éliminer cette menace.

De même qu'il est impossible de dissocier les frappes à Gaza du conflit entre Israël et l'Iran, il est difficile de ne pas les associer à la honte ressentie par les autorités israéliennes face à leur impuissance.

Cette opération israélienne contre le Hamas amène tout le monde à se demander quand le Hezbollah va finalement intervenir. Après tout, c'était la dernière campagne d'Israël à Gaza en 2006 qui avait amené le Hezbollah a tendre une embuscade à une patrouille israélienne à la frontière avec le Liban, embuscade qui avait provoqué la seconde guerre du Liban. Et le fait qu'aucun incident de la sorte ne se soit encore produit n'implique pas que ça ne se passera pas. Si jusqu'ici le Hezbollah, pour différentes raisons, a décidé qu'il n'était pas en position d'exercer une quelconque pression, il n'y a aucune garantie que l'Iran ne se considère pas en droit d'intervenir au nom du Hamas. Si ce pays n'intervient pas, en effet, il pourrait saper son influence dans la région. Dans ce cas, même si Israël ne triomphait jamais du Hamas, son attaque aura au moins servi à contenir l'Iran, en faisant de Gaza un exemple."