Capture d'écran de la vidéo ci-dessous.

[ACTUALISATION 14/01/2015] Ces vidéos avaient été tournées par Amedy Coulibaly et ses co-détenus. Le quotidien Le Monde avait ensuite interviewé le jeune homme, alors âgé de 26 ans, celui-là même qui 7 ans plus tard commettra les assassinats de Montrouge et du supermarché casher de la Porte de Vincennes.
 
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Des détenus de Fleury-Mérogis, près de Paris, ont réussi à introduire une caméra dans l'enceinte de la prison et à se filmer à l'insu des gardes. Une plongée hallucinante dans l'univers carcéral français et un témoignage à charge sur les conditions de vie des prisonniers français.
 
Plus d'une heure d'images ont été tournées à l'aide d'une mini-caméra introduite clandestinement en prison. Les détenus sont ensuite parvenus à faire sortir leur équipement de Fleury-Mérogis et à le confier à deux jeunes réalisateurs, Omar Dawson et Karim Bellazaar, qui ont réalisé le montage que nous publions ici. Ce document montre le quotidien des prisonniers comme on ne l'avait jamais vu et met en exergue la vétusté des prisons françaises : les murs des douches sont moisis, les "kits de toilettes" ridiculement petits, les cellules trop exigües pour le nombre de détenus, etc. Il donne également à voir quelques astuces inventées par les prisonniers pour améliorer leur quotidien. Les détenus ont par exemple inventé un ingénieux système de "yoyo", qui leur permet de se passer des objets d'une cellule à l'autre à l'aide de draps découpés.

Karim Bellazaar et Omar Dawson ont fourni ces images gracieusement au site des Observateurs de France 24. Ils affirment en effet souhaiter que ces images soient vues par le plus grand nombre, notamment à l'étranger.

"Leur message est simple : il ne faut pas croire que la prison est un espace de réhabilitation"

Karim Bellazaar est le cofondateur de I-screen, une société de production travaillant surtout en banlieue parisienne.

Cette vidéo est une initiative des détenus, pas de nous. Ils nous ont contacté parce qu'ils connaissaient notre travail en banlieue et qu'ils avaient confiance. Ils ne voulaient pas donner ces images à des médias traditionnels. Ils ont pris ce risque pour donner une autre image de l'univers carcéral, différente des reportages habituels qu'ils jugent trop encadrés par les services pénitenciers.

Leur message est simple : il ne faut pas croire que la prison est un espace de réhabilitation. Car comme l'explique le prisonnier que l'on entend dans la vidéo, la prison mélange des bandits, des professionnels du crime, avec des petits délinquants. J'entends toujours dire que les banlieues sont une zone de non-droit. Les prisons aussi, et elles sont administrées par l'Etat.

Nous allons faire un documentaire avec le reste des images dont nous disposons. Ces images montrent le quotidien des détenus. Il y a des scènes de violence, bien sûr, mais aussi des situations assez drôles. Nous allons essayer de montrer la violence psychologique que représente ce huis clos pour les prisonniers. Rappelons qu'ils n'ont droit qu'à une heure de promenade. Que font-ils le reste du temps, enfermés dans leur cellule ?