Quatre lieux "stratégiques" que vous pouvez surveiller sur le site Blue Servo de chez vous. Cliquez sur "signaler une activité suspecte" pour prévenir le bureau du shérif.

Une association de shérifs texans a lancé un système en ligne de protection virtuelle des frontières. Un appel, plutôt décomplexé, à la délation.

Deux millions de dollars ont été alloués au Texas Border Sheriff's Coalition (TBSC) par le gouverneur de l'État Rick Perry. Des dollars destinés à financer le "Programme texan de surveillance virtuel de la frontière". A l'origine de ce projet, on trouve une dizaine de shérifs désireux de protéger leurs comtés contre d'éventuelles infiltrations de criminels et trafiquants.

L'Etat avait déjà fait un essai en novembre 2006 en installant plusieurs caméras à des endroits stratégiques le long de la frontière. Et selon le TBSC, l'opération avait alors rencontré un véritable succès : 28 millions de visites sur le site web dédié et près de 3 000 signalements d'activités suspectes.

Le TBSC a donc développé le procédé et lancé le 20 novembre ce site grâce à un partenariat public-privé. Une dizaine de caméras, installées en bordure du Mexique côté américain, filment en permanence des routes, des fleuves et des champs. Après s'être inscrit sur le site, vous pourrez signaler, où que vous soyez, les individus suspects. Un système de dénonciation en ligne en somme, où tout le monde peut prêter main forte aux autorités. Ce dispositif ne semble pas choquer nos Observateurs, en revanche, son efficacité reste à prouver.

"Notre frontière est plutôt perméable avec nos voisins du sud et les malfrats pourraient avoir envie d'en profiter"

Donald L.Reay est un des membres du Texas Border Sheriff's Coalition. Il est le directeur en charge du "Programme texan de surveillance virtuelle de la frontière".

Quand une activité louche est signalée par un internaute, le message est envoyé vers un serveur qui le renvoie vers le bureau du shérif concerné. Celui-ci décide ensuite s'il faut y donner suite.

Durant les premières 48 heures du projet, on a reçu 200 000 signalisations via le Net d'activités suspectes. Je ne les ai pas toutes vues mais, par exemple, il y a eu le cas d'un mouvement dans une zone isolée. Quelque chose d'inhabituel. Peut-être des bruits de pas d'un quidam qui cherchait à se cacher. Mais cette fois-là, on n'a rien trouvé d'illégal.

Quand nos médias disent que nous visons l'immigration clandestine, j'y vois de la désinformation. Le système a été mis en place pour maintenir la baisse du taux de criminalité résultant de l'augmentation des effectifs des patrouilles. Les caméras doivent avoir le même impact dissuasif.

Bien sûr, certains nous associent à Big Brother. D'autres nous accusent de voyeurisme. Mais nous, nous faisons ça pour la sécurité de la nation. Notre frontière est plutôt perméable au sud et les malfrats des pays voisins pourraient avoir envie d'en profiter. Et ce n'est pas une atteinte à la vie privé, on ne regarde pas chez les gens. Ces caméras filment de grands espaces et ce sont les habitants qui les ont demandées."

"Ce programme est moins agressif que la construction d’un mur"

Robert Garza Crosby est Mexicain. Il vit à la frontière entre le Texas et le Mexique. Il se bat contre la construction d’un mur entre les deux pays.

Je pense que ce programme est approprié à nos impératifs de sécurité, et il est moins agressif que la construction d’un mur. Selon moi, utiliser des caméras à la place d’un mur, c’est le signe d’un recul des autorités qui privilégiaient la deuxième option. Elles surveilleront la frontière là où il n’y a pas de contrôle officiel, et les autorités sont ici dans leur bon droit. Cela dit, je ne comprends pas pourquoi elles nient un lien avec le contrôle de l’immigration."