La semaine dernière, les Moscovites ont pu assister, médusés, à la projection d'un drapeau de pirate sur la façade de leur Parlement. Un complot terroriste ? L'annonce d'un coup d'Etat ? L'un de nos Observateurs russes a retrouvé les auteurs du forfait.

La scène que l'on voit sur cette vidéo semble improbable en France ou en Grande-Bretagne, et encore davantage en Russie où les services de sécurité ne sont pas réputés pour leur laxisme. Et pourtant, ceux qui ont réalisé ce "coup d'Etat symbolique" n'ont pas été jetés en prison. L'un de nos Observateurs russes a contacté l'un des membres de Voina, le collectif artistique qui a organisé cette projection. Ce dernier explique qu'il voulait simplement prévenir le gouvernement que "des Russes meurent pendant que d'autres nagent dans la richesse" (voir le témoignage de Alexey Plutser-Sarno ci-dessous).

Voina est le collectif artistique le plus controversé de Russie. Ses membres sont connus pour avoir fait l'amour au milieu du musée zoologique de Moscou, lancé un chat derrière le comptoir d'un McDonalds et organisé un dîner dans une rame de métro en l'honneur du poète Dmitri Prigov.

 

"Si un collectif avait fait la même chose aux Etats-Unis, ses membres auraient fini en prison"

Alexey Plutser-Sarno, artiste et journaliste, est membre "honoraire" du collectif artistique Voina.

Les performances de Voina ne sont pas politiques ; ce sont des fables, des déclarations artistiques sur des problèmes politiques. Nous ne participons à aucun mouvement politique. D'ailleurs, la plupart des partis et organisations politiques nous traitent de bouffons et de clowns. L'opposition nous rejette parce qu'elle manque totalement d'humour.

Le gouvernement russe a des choses plus importantes à faire que de punir les artistes et les journalistes. L'Ouest à tendance à s'imaginer des horreurs sur la Russie, mais cela ne correspond pas à la réalité. Par exemple, lorsque des membres de Voina ont fait l'amour au milieu du musée de zoologie, le ministre de l'Intérieur a officiellement déclaré que cet acte ne constituait pas un délit à caractère pénal. Si un collectif avait fait la même chose aux Etats-Unis, ses membres auraient fini en prison."