L'annonce d'un talk show sur KTSF26. Posté sur Flickr.

Une thèse circule aujourd'hui parmi les économistes : seul le dynamisme de l'économie chinoise, et son marché intérieur en plein développement, pourrait remettre le monde sur la voie de la croissance. Pas sûr.

Le gouvernement chinois vient d'annoncer un plan de relance de 4 000 milliards de yuans (457 milliards d'euros) pour relancer son économie. Il réagit ainsi à une baisse de ses exportations causée par une demande internationale en berne, crise financière oblige.

Mais si la croissance chinoise baisse, elle est toujours de 9 %, un chiffre qui fait rêver des pays occidentaux au bord de la récession. Et le gouvernement a aujourd'hui la bonne idée de relancer son économie en stimulant sa demande intérieure, notamment en se lançant dans des programmes de grands travaux (voies ferrées, etc.) et en accroissant d'une manière générale les investissements publics. Une recette accueillie favorablement par l'étranger, car une consommation chinoise soutenue pourrait maintenir à flot les entreprises étrangères capables d'exporter dans l'empire du Milieu et ainsi remettre l'économie mondiale sur les rails.

Des économistes chinois relativisent pourtant cet enthousiasme et expliquent que, si la Chine pourrait être effectivement moins touchée par la crise financière, elle a toutefois choisi un modèle de développement qui atteint aujourd'hui ses limites. Pour sortir le monde, il faudrait d'abord qu'elle s'en sorte elle-même. Et le partie semble loin d'être gagnée.

"Croissance et exportation à tout crin : un modèle de développement dangereux"

Cai Chongguo est spécialiste des problèmes sociaux en Chine. Il vit à Paris et est l'auteur de Chine, l'envers de la puissance.

Les problèmes de l'économie chinoise ne datent pas de la récente crise financière. La Bourse de Shanghaï a perdu près de la moitié de sa valeur depuis 2007, l'inflation est galopante et les fermetures d'usines se comptent déjà par dizaines de milliers.

Les économistes chinois s'interrogent depuis plusieurs années sur le modèle de croissance chinois. Le plan de relance décidé par le gouvernement continue pourtant sur la même voie : la croissance économique et l'exportation à tout crin. Certains pensent pourtant que ce modèle de développement est dangereux. Tout d'abord parce qu'il néglige la demande intérieure et est donc particulièrement dépendant de l'économie mondiale. Ensuite parce qu'il pousse les prix des matières premières à la hausse et génère de l'inflation. Enfin parce qu'il est extraordinairement néfaste pour l'environnement. Des économistes recommandent donc depuis des années de réévaluer le yuan, pour rendre les exportations moins attractives et pousser les entreprises à s'intéresser aux consommateurs chinois.

La Chine échappe pour l'instant au désastre parce que son système financier est moins développé que celui Etats-Unis ou des pays d'Europe. Et parce que l'Etat possède la plupart des banques et a donc pu éviter leurs faillites. Mais quand j'entends que la Chine va dépenser 586 milliards de dollars dans un plan de relance, je me demande où elle va trouver de l'argent. Car il n'est pas vrai que l'Etat chinois est riche. Il a certes des réserves importantes, près de 2 000 milliards de dollars, en raison notamment des exportations de ses entreprises, mais ce n'est pas l'argent de l'Etat. C'est celui des sociétés privées, souvent d'ailleurs de groupes étrangers installés en Chine. Si le gouvernement se sert de ces fonds, c'est à crédit. Car si le budget chinois - les véritables ressources de l'Etat - est à l'équilibre, il n'est pas largement excédentaire. Je pense que la principale mesure du gouvernement va donc être de baisser les impôts sur les entreprises. Car c'est un manque à gagner, pas une dépense."

"Notre système économique n’est pas encore complètement ouvert sur l’étranger, c’est la première chose qui nous sauve"

Xia Yeliang est chercheur en économie à l'université de Pékin.

La crise qui frappe l'économie américaine a bien sûr des répercussions sur la Chine. Ce sont principalement les grandes villes côtières, les plus riches, qui sont touchées. Des entreprises ont déjà commencé à licencier et nos stocks d'aciers invendus s'accumulent.  Le taux de chômage est également en train d'augmenter. Avant la crise, il était officiellement de 4 %. En réalité, il était déjà plus proche de 10 % dans les villes et de 20 % dans les campagnes.

La plupart de nos banques appartiennent à l'Etat. Par conséquent, lorsque la crise s'est déclenchée, nous avons pu réagir rapidement. Les banques ont ensuite ajusté leur crédit et baissé leurs taux d'intérêt pour encourager la consommation, surtout dans les domaines de l'immobilier et de l'automobile. Le gouvernement a enfin pris une bonne décision en décidant d'investir massivement dans les services publics : le réseau ferré, le métro, la sécurité sociale, l'éduction, etc.'"

"Je ne crois pas à l'efficacité du plan de relance du gouvernement"

 Yu Yiwei est journaliste au Nanfangdushi.

Voici pour moi quels sont les principaux problèmes de l'économie chinoise.

- Une demande intérieure trop faible.

- Des taxes presque aussi importantes qu'en Europe, mais une couverture sociale bien en retard.

- Des dépenses dans des projets symboliques irrationnels, comme par exemple les Jeux olympiques.

- Un gouvernement qui monopolise l'argent et prend trop de place dans l'économie.

Je ne crois pas à l'efficacité du plan de relance du gouvernement. Car il agira sur les grandes villes, mais pas sur les petites ou à la campagne, où vit pourtant la majorité de la population. Le principal problème de la Chine est la faiblesse de sa demande intérieure. Une bonne mesure aurait donc été de protéger les travailleurs migrants et de les aider à retrouver un travail. Mais cela n'a pas été fait et beaucoup ont dû retourner dans leurs campagnes. Pour finir, je crois que l'Etat devrait être plus transparent et qu'il devrait profiter de cette crise pour privatiser des entreprises publiques, afin de stimuler l'économie.