La Russie vient d'annoncer qu'elle mettait fin à son opération militaire en Ossétie du Sud, mais rien n'indique pour l'instant qu'elle compte se retirer de cette région où elle intervient depuis vendredi. Nos Observateurs en Ossétie du Sud, Ossétie du Nord et Géorgie commentent le conflit.

"C’est la Russie qui a incité l’Ossétie du Sud à provoquer la Géorgie"

Oleg Panfilov, Russe de nationalité tadjik, est le directeur du centre de journalisme en situation extrême, basé à Moscou, qui dénonce les atteintes à la liberté de la presse en Russie. Il était à Tbilissi lorsque les incidents ont éclaté.

Cette nuit, les villes de Gori et de Kaapi [proches de l'Ossétie du Sud] ont été touchées par des bombes. Pourtant, aujourd'hui, l'ambiance dans les rues de Tbilissi est calme. Les magasins sont ouverts, les transports fonctionnent et les gens vont au travail. Hier encore, mes amis parlaient de quitter la ville, mais plus maintenant.

C'est la Russie qui a incité l'Ossétie du Sud à provoquer la Géorgie, car elle sentait qu'elle risquait de perdre le jeu diplomatique. C'était facile car les dirigeants ossètes sont tous d'anciens membres des services secrets soviétiques ou russes. La Géorgie est donc intervenue pour neutraliser les groupes militaires qui la menaçaient. La Russie a saisi cette opportunité pour tenter de s'approprier une partie du territoire géorgien [l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie]. Elle cherche à reconstituer l'Union soviétique. Ce pays a régulièrement recourt au chantage vis-à-vis de ses anciennes républiques satellites : chantage économique, politique, ou militaire, comme ici en Géorgie. J'espère que les Etats-Unis et l'Union européenne vont prendre conscience du danger que représente Poutine, ce dictateur, et qu'ils vont sauver la Géorgie, qui est un îlot de démocratie dans la région."

"Après ce qui s’est passé, je veux que l’Ossétie du Sud et l’Ossétie du Nord (…) fassent partie de la Fédération de Russie "

Liza Valieva, 28 ans, vit à Vladikavkaz en Ossétie du Nord. Elle est rédactrice en chef du site www.ossetia.ru et blogue sur Valieva.com.

Je pense que c'est la Géorgie qui est responsable dans ce conflit. Les Géorgiens sont venus en Ossétie du Sud pour tuer.

Les gens sont très nerveux, ici, en Ossétie du Nord. Les rues sont désertes, comme si nous étions en guerre. Les gens sont collés à leurs écrans télé. Même dans les transports en commun, tout le monde est silencieux, stressé. Les hôpitaux sont remplis de blessés et il y a des réfugiés partout : dans les écoles maternelles, les campings... Les histoires qu'ils racontent sont effrayantes. Je ne peux pas les vérifier, mais je n'ai aucune raison de ne pas les croire.

Si avant j'avais des doutes sur l'avenir de l'Ossétie du Sud, maintenant je n'en ai plus. Après ce qui s'est passé, je veux que l'Ossétie du Sud et l'Ossétie du Nord soient réunies et fassent partie de la Fédération de Russie. Bien sûr, tout peuple rêve d'indépendance, mais économiquement, compte tenu de l'enclavement de l'Ossétie, ce n'est pas possible.

Avant le premier conflit de 1991, les Ossètes du Sud étaient plus proches des Géorgiens que des Ossètes du Nord, d'autant plus qu'il y a une frontière naturelle entre eux, la montagne. Il y avait beaucoup de mariages mixtes [entre Ossètes du Sud et Géorgiens], les jeunes partaient étudier à Tbilissi et non à Vladikavkaz [Ossétie du Nord]. Les coutumes des Ossètes du Sud ressemblent beaucoup à celles des Géorgiens. Les deux peuples vivaient ensemble, côte à côte. Avant cette guerre, ils entretenaient de bons rapports. C'est vraiment ce dernier conflit qui a tout changé."

Des réfugiés d'Ossétie du Sud à Vladikavkaz, en Ossétie du Nord.

Photos : Liza Valieva.

"Sans les Russes, nous serions tous morts"

Napoleon Tabouev, 53 ans, est chauffeur à Tskhinvali, en Ossétie du Sud.

Je suis caché dans la cave de mon immeuble depuis le début du conflit, avec mes voisins. Nous sommes environ 150. On ne peut même pas se rendre dans les immeubles d'à-côté, car les tirs continuent. La ville a été rasée, il y a des ruines partout. Heureusement, il y a une fabrique de pain pas loin. Nous nous y rendons pour trouver à manger et pour recharger nos portables, car là-bas il y a encore l'électricité. Nous n'avons pas de télévision et pas accès aux informations.

Les Géorgiens se sont comportés comme des bêtes. Ils ont écrasé des gens avec leurs chars [propos non vérifiés]. Sans les Russes, nous serions tous morts."