Les medias ont fait les gros titres sur Rudy H, le jeune juif tabassé à Paris le soir de la fête de la musique. Une agression présentée comme antisémite et qui serait révélatrice des tensions existantes entre les différentes communautés présentes dans ce quartier. Deux de nos Observateurs parisiens, Melvin Dia et Yasser Retayli, se sont rendus sur les lieux de l'incident pour parler aux jeunes du quartier.

Le récit de nos Observateurs

Nous nous sommes rendus sur place pour comprendre pourquoi ce drame local a été propulsé à la une des médias.

20h00 avenue Jean Jaurès. Un soir d'été à la chaleur lourde. La température pousse au regroupement dehors, sur le trottoir, en terrasse. Un premier groupe, quatre jeunes rebeus, la vingtaine. Le premier que nous abordons est méfiant, mais il accepte tout de même de nous parler.

Les médias, ils en ont vu beaucoup ces derniers jours et ils ne leur accordent aucune confiance. L'affaire, l'agression, c'est une histoire gonflée par les journalistes, nous disent-ils. Au delà du drame personnel, il n'y aurait pas de problème. "L'ambiance est nickel,même si on galère. Ce sont les médias qui raclent là où ça vend, qui viennent foutre la merde", nous dit Amza, 23 ans, jeune technicien EDF. C'est le plus volubile des quatre et il avoue ne plus donner aucun crédit aux médias."La plupart des télés, je ne les regarde même plus, sauf Al-Jazeera et BFM TV". Ils insistent : avec les juifs, "il n'y a pas de tensions". Ils ont des potes juifs. Il existe certes des préjugés, mais comme il en existe sur les Français ou sur les noirs. Ils dénoncent un traitement différent des incidents par les médias selon l'origine de la victime.

Un peu plus loin, sur l'avenue, un autre groupe bigarré de jeunes : trois noirs, un arabe, un Français. Même méfiance d'emblée, mais très vite ils se lâchent. Le plus volubile, gouailleur, c'est Dicsa - un surnom . Les jeunes qui ont fait ça "ce sont des petits cons", ils les connaissent. Eux, ils n'ont rien à voir avec tout ça. Avec les juifs, il n'y pas de problème. "Les embrouilles, c'est entre des jeunes qui cherchent la merde. Il y a toujours des gars de différentes communautés qui se regardent mal, qui s'embrouillent pour des histoires de scooters". Là encore, les médias sont dans le collimateur : "A force de parler de tout ça, ils vont finir par monter les gens les uns contre les autres". Pour Dicsa, ce qu'ils veulent dans le quartier, c'est juste qu'on les laisse tranquilles. Toutes ces histoires "c'est mauvais, ça casse le business". Leur préoccupation au quotidien, dit-il, ça n'est pas de "casser du juif", mais "de faire du biz, de l'argent".

Et les juifs dans tout ça, qu'en pensent-ils?

Le lendemain aux alentours de 15h00, je retourne sur les lieux. Sur le parvis de la mairie du 19e, juste en face des Buttes-Chaumont. Toujours cette chaleur. J'accoste trois jeunes hommes. Ils s'étonnent et sourient : comment ai-je deviné qu'ils étaient "feujs" ? Ils acceptent de répondre à mes questions. Ils ont 14, 15 et 17 ans. Le plus jeune, Mike, vit dans le quartier; ses deux amis, Roven et Rodolphe, sont de la Courneuve. Roven et Rodolphe se définissent comme juifs, mais Mike se dit athée. L'ambiance dans le quartier? "Pas de problème, il y a quelques cons, mais comme partout". L'agression ? L'un d'eux pense qu'elle est à caractère antisémite, les deux autres sont beaucoup plus mitigés : c'est juste l'un des facteurs. Ils ne semblent pas inquiets. A l'école, dans leurs quartiers, ils fréquentent aussi des noirs et des arabes. Ils s'en vont, davantage préoccupés par leurs examens et leur rendez-vous de l'après-midi."