Un mystérieux groupe des "femmes à barbe" a perturbé le forum sur la culture organisé par Libération, le 14 juin, au théâtre des Amandiers. Leur message : contrairement à l'idée reçue, le monde de la culture est aussi sexiste que celui de la politique ou de la finance.

Leurs mères brûlaient leurs soutiens-gorges pour dénoncer les inégalités hommes-femmes. Ces nouvelles féministes investissent elles, barbe postiche au menton, les hauts-lieux du sexisme, du Sénat aux hypermarchés. En s'invitant au forum de Libération, elles rappellent que dans le monde de la culture aussi, le sexe est plus que jamais un critère déterminant de réussite. Pour ne citer qu'un chiffre : en 2006, 92 % des théâtres d'art dramatique étaient dirigés par des hommes (source : rapport "Reine Prat" rendu au ministère de la Culture).

Aux Etats-Unis, les "Guerillas girls" défendent la même cause


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"Déchainez les réalisatrices!" 


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"Même le sénat américain est plus progressiste qu'Hollywood!"

 

Happening des femmes à barbe sur la place de la République à Paris

Posté le 10 mars 2008 par Harrietamy

"S'il y a bien un domaine où le sexisme me semble peu présent, c'est celui de la culture "

Jean-François de Canchy est le directeur régional des Affaires culturelles d'Ile-de-France. (DRAC).

S'il y a bien un domaine où le sexisme me semble peu présent, c'est celui de la culture. Je travaille au quotidien avec des femmes qui occupent des postes-clés dans ce secteur. Dans l'audiovisuel, on vient d'assister à la nomination de Laurence Ferrari à la place de Poivre d'Arvor.
Ariane Mnouchkine pour le théâtre ou Pina Bausch pour la danse ne me semblent pas moins reconnues que leurs collègues masculins.

Peut-être que la sous-représentation des femmes à des postes de direction traduit une moindre motivation à sacrifier la dimension artistique de leur travail pour des postes de gestion, plus administratifs."

"Je me suis certainement plus battue qu'un homme"

Florence Gamblin, 43 ans, est dramaturge et responsable artistique de l'Université du Havre.

J'ai été confrontée au sexisme dès le début de ma carrière de dramaturge. Dans le monde du théâtre, les femmes sont cantonnées à la logistique. L'assistanat est majoritairement féminin et pour en sortir, je me suis certainement plus battue qu'un homme. Au début, j'étais tellement contente de faire ce métier que j'acceptais de ne pas signer mes travaux. J'acceptais de rester dans l'ombre.

Aujourd'hui encore, je crois qu'à niveau égal, j'aurai difficilement  la même reconnaissance qu'un homme. Dans le milieu créatif, l'homme est traditionnellement perçu comme le créateur et la femme comme la muse, l'accompagnatrice. Mais je remarque aussi que les femmes se permettent de plus en plus d'aller vers ces métiers, même s'il est difficile de concilier des horaires décalés avec une vie de famille.

Les actions collectives comme "la barbe" contribuent à sortir les gens de leur torpeur. Nous avons besoin d'un changement profond."