Le gouvernement américain a déclassé, début mai, les photos de massacres perpétrés par le pouvoir sud-coréen, entre 1950 et 1951, contre de supposés sympathisants communistes. Des clichés bouleversants qui mettent également en cause la responsabilité de Washington dans ces tueries.

Petit rappel historique. Le conflit coréen éclate en pleine Guerre froide. Les tensions entre le Sud, soutenu par le "monde libre" et le Nord, appuyé par "les rouges", remontent à la division du pays le long du 38e parallèle à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Dès 1949, la Corée du Sud crée la National Guidance League (NGL), qui recrute, de force, tous les militants susceptibles d'appartenir à l'extrême gauche. Un moyen de contrôler les Sud-Coréens qui pourraient se rallier à la cause du Nord.Très vite des quotas sont mis en place pour étoffer les rangs de la NGL.

Pour respecter ces quotas, la police pousse des milliers de fermiers, souvent illettrés, à rejoindre la NGL, bien qu'ils n'aient aucun lien avec l'extrême gauche. Les experts considèrent qu'à la veille de l'invasion nord-coréenne, la NGL comptait environ 350 000 membres. L'incursion nordiste qui marque le début de la guerre, en juin 1950, déclenche un mouvement de panique au sein du gouvernement sudiste. Plutôt que de subir une possible insurrection de ces présumés activistes d'extrême gauche, le pouvoir sud-coréen organise des exécutions en masse. Le plus gros des massacres intervient pendant l'été 1950.

"Au moins 100 000 personnes ont été tuées"

Près de 60 ans après la guerre, le gouvernement sud-coréen ouvre une enquête sur le massacres des membres de la NGL. La Commission pour la vérité et la réconciliation inspecte aujourd'hui les charniers pour faire la lumière sur ces tueries jusque-là classées "top secret" par Washington et Séoul.

Dong-Choon Kim est l'un des quinze membres de cette commission, juridiquement indépendante du gouvernement.

Au moins 100 000 personnes [membres de la National Guidance League] ont été tuées. Ce chiffre ne représente qu'une partie des pertes civiles pendant la guerre de Corée [au moins 2 millions de civils furent tués pendant le conflit, entre 1950 et 1953].

Les tueries ont eu lieu dans des centaines d'endroits différents. Mais la plupart de ces charniers ont disparu en cinquante ans. C'est pourquoi, aujourd'hui, nous ne pouvons inspecter qu'une cinquantaine de ces fosses communes. Notre mission se limite à établir les faits et à faire des recommandations pour le processus de réconciliation. Notre Commission n'est pas mandatée pour traiter la question du dédommagement aux victimes, ni pour punir les coupables.

Le chef de la police [de l'époque] et la plupart des commandants sont déjà morts. Seuls des soldats non gradés ou de simples policiers avouent leurs crimes. Des crimes qu'ils ont pourtant vraisemblablement commis sous les ordres de leurs responsables hiérarchiques. Bien que nous encouragions les aveux et les excuses officiels de la part des coupables, il est très difficile pour eux de le faire. En tant que représentant du gouvernement et ultime responsable, l'ancien président Roh [au pouvoir de février 2003 à février 2008] a fait ses excuses à certaines familles de victimes. Le rôle des Etats-Unis dans les massacres est un problème très sensible. Nous essayons d'enquêter sur ce sujet également."

Photos prises par les Américains lors des massacres

Les photos suivantes ont été prises par l'armée américaine lors des massacres de 1950-51. Elles ont été rendues publiques par l'administration des archives nationales américaines (National Archives and Records Administration) le 5 mai 2008. Elles font partie d'une série de photos déclassées.


Des policiers de la République de Corée tirent sur des "suspects" (1951)


Génocide à Chungju (29 septembre 1950)


Massacre de Daejeon (Juillet 1950)


Exécutions massives de prisonniers politiques sud-coréens par l'armée sud-coréenne à Daejeon (Juillet 1950)

Le travail de la Commission de réconciliation

Les photos suivantes ont été prises par la Commission pour la vérité et la réconciliation de la République de Corée.


Les squelettes sont aujourd'hui déterrés. Ici, sur le site de la vallée de Cheongwon Bunteo (Août 2007)


Ossements retrouvés sur le site de la vallée de Cheongwon (Août 2007)


Squelettes retrouvés sur le site du troisième district de Daejeon Sannae