Cette crise, aussi violente soit-elle, n'est certainement pas un cas isolé. Selon les dernières statistiques de l'Union européenne, 3 à 4 % des salariés ont été victimes ou témoins de violence sur leur lieu de travail. Une spécialiste du stress au travail et un salarié qui a frôlé ce genre de crise commentent cette vidéo.

ACTUALISATION (11.06 - 15h20) : Nous ne savions pas d’où venait cette vidéo (ce que nous avons mentionné dès le départ dans ce billet). Un commentateur, sous ce billet, expliquait que les médias russes avaient parlé de cette vidéo. Un autre nous disait que c’était un faux. Nous avons donc demandé à notre Observateur pour la Russie, Ostap Karmodi, de vérifier. Il s'avère que c'est la vidéo de promotion du dernier film, "Wanted", du réalisateur russe Timur Bekmambetov. C’est donc bien une vidéo à but commerciale et non une vraie scène de bureau. Merci aux commentaires avisés et à notre Observateur!

 

Vidéo datée du 23 mai 2008. Postée sur Break (http://www.break.com/). L'authenticité de ce document n'a pas été vérifiée. Il existe toutefois des dizaines d'autres vidéos de ce type sur YouTube.

"Retirer un dossier à un employé est un acte de violence pour la personne concernée"

Dominique Chouanière est médecin épidémiologiste et chef du projet "stress au travail" à l'INRS (Institut national de recherche et de sécurité). Elle est actuellement en charge d'une étude sur les centres d'appels téléphoniques.

Cette vidéo est difficile à analyser car on ne connaît pas la nature du travail de ces employés ni l'authenticité de la scène. Il faut préciser qu'au cours de mes études j'ai très peu vu d'agressions physiques dirigées contre des collègues. La violence au travail est le plus souvent dirigée contre les appareils (jeter un casque, taper sur l'ordinateur).

On retrouve ce genre de réactions de grande nervosité dans les centres d'appels téléphoniques que j'étudie. La situation est éprouvante pour les employés car on leur demande un fort investissement dans la relation avec le client, tout en ne leur laissant que très peu de marge de manœuvre dans cette relation (temps de conversation court, questionnaires, etc.). Les crises de nerfs sont d'autant plus fréquentes que la démarche est répétitive.

La question du stress des employés sur le milieu de travail tend à devenir une préoccupation pour les employeurs, notamment grâce aux rapports qui sont sortis sur la question. Il faut préciser que la violence, parce qu'elle prend des formes très diverses, peut ne pas être perçue comme telle. Retirer un dossier à un employé, par exemple, est un acte de violence pour la personne concernée. La violence psychologique a des incidences directes et elle concerne aujourd'hui 10 % des salariés européens."

"On parlait entre nous des pensées ultra-violentes qui nous traversaient l’esprit"

Karine, ancienne employée d'une agence de communication, a créé un blog pour exorciser le harcèlement moral dont elle était victime au travail. Son employeur l'a attaquée en diffamation et a fait fermer son blog.

La vidéo met en évidence la difficulté de travailler en open space. Pour ma part, c'était la patronne de l'agence qui envenimait les rapports entre les employés. Elle avait chaque jour une attitude plus ignoble envers les membres de l'équipe. Chacun lui a servi à un moment de défouloir. Volontairement, devant le reste du bureau, elle vous chargeait de tâches humiliantes et vous accusait d'incompétence. Elle m'appelait à 10h01 pour me hurler dans les oreilles que je devrais déjà être au bureau - alors que j'étais censée arriver à 10h... On parlait entre collègues des pensées ultra-violentes qui nous traversaient l'esprit. Cette peur au quotidien rejaillissait sur ma vie privée, je ne dormais plus et rentrais chez moi exaspérée. Aucune structure n'existait dans cette petite boîte pour faire valoir nos droits de salariés. Suite à une énième menace, faite publiquement, de me mettre dehors, j'ai craqué. En disant tout ce que je pensais d'elle, de mon salaire minable, de sa façon diabolique de travailler. J'ai dû briser la glace puisque l'année qui a suivi mon départ, quatre personnes ont démissionné."