Photo : AFP (nous n'avons trouvé aucune image amateur de ces cadenas)

Un petit cadenas à la ceinture : voilà le nouvel accessoire que devront obligatoirement porter, en guise de "ceinture de chasteté", les masseuses de certains salons indonésiens.

À l'origine de cette mesure, les autorités de Batu, une station touristique de l'est de Java, qui demandent aux masseuses de cadenasser leur pantalon afin d'éviter la prostitution et de préserver la réputation de la ville. Selon un quotidien local, l'office du tourisme de Jakarta envisagerait même de tenter l'expérience dans la capitale, malgré les déclarations de la ministre indonésienne chargée de la Condition féminine, Meutia Fardia Hatta Swason, qui a qualifié cette mesure "d'insulte" pour les femmes.

Dossier réalisé par notre Observatrice à Jakarta, Dyssia Hayat.

"C’est une bonne décision"

Yusuf travaille à l'office du tourisme de Batu.

C'est une bonne décision. C'est le rôle des autorités de Batu de protéger leurs concitoyens. J'ai déjà entendu des femmes masseuses se plaindre de clients qui réclamaient des relations sexuelles. Je sais aussi que des gens se rendaient à Batu pour faire du tourisme sexuel. Nous avons aujourd'hui une dizaine de salons de massage qui ont adopté le système des pantalons cadenassés. J'ai lu la déclaration de la ministre indonésienne chargée de la Condition féminine. Je respecte son opinion. Mais je pense qu'il faut protéger nos concitoyens du mieux possible. Et puis demander aux masseuses de cadenasser leur pantalon n'est qu'une possibilité parmi d'autres".

 

"Beaucoup [de salons] offrent un « package ++ »"

Michel est un français vivant à Jakarta.

Bien qu'illégale,la prostitution est très présente en Indonésie. Notamment dans les spas, les karaokés ou les salons de massage réservés aux hommes. Beaucoup offrent un "package ++" qui inclut une masturbation, ou plus si le client le demande. C'est un secret de Polichinelle. La première fois que j'ai été me faire masser dans l'un de ces endroits, je ne savais pas du tout à quoi m'attendre. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque la masseuse, sans même me prévenir, à commencé à me toucher le sexe. Je lui ai immédiatement demandé d'arrêter, ce qui l'a presque étonnée. Elle n'arrêtait pas de me répéter que cela faisait partie du fameux « package ». L'endroit dont je parle est pourtant un open-space. Les cabines ne sont séparées que par de fines parois. Si les autorités de Jakarta imitent celles de Batu et demandent à leurs masseuses de cadenasser leur pantalon, cela ne fera que favoriser les spas et autres karaokés qui ont assez d'argent pour acheter les officiels. La corruption fera la loi une fois de plus".

"Elle [cette mesure] n’empêche en aucun cas les clients de réclamer du sexe oral ou une masturbation"

Estu Fanani est responsable d’une ONG locale de défense des droits de la femme (LBH APIK).

Cette mesure est très mauvaise. Elle réduit le problème du harcèlement sexuel au seul vagin de la femme. (…) Si les autorités de Batu veulent vraiment protéger ces femmes, pourquoi ne demandent-elles pas aux salons de massage d’installer des caméras de surveillance ou de créer des open-spaces ? De cette façon, elles auraient de vraies preuves pour faire punir les hommes, et non les femmes. Cette décision est très hypocrite. Elle n’empêche en aucun cas les clients de réclamer du sexe oral ou une masturbation, par exemple. Et que se passe-t-il si ces femmes doivent aller aux toilettes en urgence" ?

Certificat de "safe sexe"


Certificat de "safe sex" affiché par un karaoké pour attester que ses "employées" n'ont pas de maladies sexuellement transmissibles. Photo : Dyssia Hayat. Jakarta.