TEMOIGNAGE :
"J'ai fait sonner ma casserole devant Evita [référence à Evita Peron - comparée à Cristina Kirchner]
Et ça m'a fait du bien !"
Les agriculteurs argentins reprochent à la présidente Cristina Kirchner de vouloir surtaxer les exportations de céréales et de conduire une politique populiste, montant les pauvres contre les agriculteurs, présentés comme des profiteurs. Après trois semaines de grèves particulièrement paralysantes pour le pays, ils acceptent toutefois de se rasseoir à la table des négociations.
Après une vingtaine de jours de grève, les agriculteurs argentins reprennent le travail. Finis les concerts de casseroles, les barrages routiers et les pénuries de nourriture à Buenos aires. Les ventes de céréales vont pouvoir reprendre pendant 30 jours, le temps de jauger la bonne volonté de Cristina Kirchner lors des négociations. La pression est forte sur le gouvernement : les protestations des trois dernières semaines ont laissé le pays "de la meilleure viande du monde", comme les Argentins aiment à le répéter, sans viande et sans céréales dans les supermarchés.
La colère du "campo" (la campagne) a été déclenchée peu de temps après l'annonce par le gouvernement de Cristina Kirchner d'une augmentation des taxes sur les exportations de soja, une mesure censée aider à lutter contre l'inflation générée par la flambée des prix des matières premières sur les marchés internationaux.
Beaucoup d'Argentins qualifient la politique de Cristina Kirchner de "populiste", car elle monte les classes défavorisées contre les agriculteurs argentins, qui seraient soi-disant des privilégiés. La Présidente est accusée de jouer sur les antagonismes créés par la pénurie de nourriture causée par les grèves. "On ne peut pas être avec le peuple et leur couper les vivres", a-t-elle par exemple lancé lors d'une manifestation.
Postée par "DocThurman" le 26 mars 2008
Les manifestants sont majoritairement issus des classes moyennes urbaines. Certains y ont vu un soutien aux agriculteurs, d'autres l'expression d'un mécontentement plus général à l'égard du gouvernement.
Cristina Civale, journaliste et écrivain à Buenos Aires :
Cette grève est une réaction
excessive. Le secteur agricole, qui a historiquement gagné le plus d'argent, ne
devrait pas couper les approvisionnements du pays en produits de première
nécessité comme le lait, par exemple. On a vu des litres de lait jetés
sur les routes pendant les blocages, ou des abattages de poulets pour rien, en
guise de protestation.
Il faut bien comprendre que les grands propriétaires agricoles ne sont pas impliqués - ils font leur business directement avec les grandes structures -, ces sont les petits producteurs qui coupent les routes et ce sont leurs enfants, qui étudient souvent en ville, qui ont pris des casseroles pour protester...
Il y a aussi des gens qui protestent contre l'attitude autoritaire, prétentieuse et toute-puissante de la Présidente Cristina Kirchner. Pour ma part, je ne suis pas pour la grève, mais la manière dont la Présidente s'adresse à la population me laisse perplexe."
Musgrave, économiste argentin qui souhaite rester anonyme :
Les augmentations des taxes à l´exportation du soja sont une manière, pour le
gouvernement, de lever d'avantage d'impôts dans un secteur où le taux d´évasion
fiscale est important. L´Etat compte ponctionner les bénéfices
extraordinaires générés par les agriculteurs grâce à la hausse des cours
internationaux des produits agricoles et arrêter, au passage, la hausse des
prix des denrées alimentaires sur le marché intérieur argentin. Evidemment,
il y a eu des erreurs politiques lors de l'annonce de ces mesures. Cette augmentation
des prélèvements a provoqué une
réaction excessive de la part du secteur agricole, qui s´est senti discriminé et
désavantagé. La principale critique contre le gouvernement est qu´il n´a pas fait de différence entre les petits et les grands producteurs. Les dernières
mesures, annoncées lundi dernier, ont résolu en partie ce problème, car elles
proposent un système de subventions pour les petits producteurs. Cela devrait contribuer
à apaiser la situation".
Publié par "Yo Canibal" le 28 mars 2008
Ce photomontage défend le mode de vie du "campo". Des paysans pas vraiment à plaindre.