Les manifestants déchirent une affiche de Moubarak. Photo de Mohamed Gaber, le 7 avril 2008.
Dimanche, dans une ville du nord-est de l'Egypte, ce qui devait n'être qu'une simple grève de travailleurs a tourné à l'émeute, causant la mort d'une personne et provoquant au moins 150 arrestations. Un témoin de ces incidents et un membre des Frères musulmans égyptiens commentent ce que les médias ont déjà surnommé "la révolte du pain".
Tout est parti d'un préavis de grève, lancé par des ouvriers de Mahalla el-Kobra, pour demander l'augmentation du salaire minimum - actuellement de 115 livres égyptiennes (environ 15 euros). La grève n'a finalement pas eu lieu, mais elle a mis sous tension une population déjà exaspérée par la vie chère. Les émeutes ont éclaté ce dimanche. Elles se sont calmées aujourd'hui, mais semblent pouvoir reprendre à tout moment.
Abdul Monem Mahmoud, 28 ans, est membre du mouvement islamiste des Frères musulmans - interdit en Egypte, mais plus ou moins toléré. Il est journaliste pour Al-Dustour et tient un blog, Blog Ana Ikhwan ("je fais parti des Frères musulmans").
C'est une révolte du
peuple, de gens qui ont faim et qui demandent qu'on s'intéresse à eux. Des
partis et des syndicats sont impliqués dans les manifestations, mais ils ne les
maîtrisent pas. Ce n'est pas un mouvement politique.
Je parle avec beaucoup de gens, notamment sur les marchés. Et ils me disent qu'ils ne sont pas contre Moubarak. Ils ne demandent pas la démocratie, mais à manger. La plupart des gens n'ont que 150 livres égyptiennes (18 euros) par mois pour faire vivre leur famille. Ca n'est pas assez. Le peuple a faim, donc il se révolte. Et c'est de ce type de révolte populaire que peut naître une révolution.
Les Frères musulmans ne croient pas aux élections organisées par le pouvoir. Et le peuple non plus. Nous avons essayé de présenter des candidats aux élections municipales [aujourd'hui], mais le gouvernement a disqualifié quasiment tous nos candidats. Il n'en a validé que 21, alors qu'il y a plus de 50 000 sièges à pourvoir. Le parti au pouvoir contrôle tout. Les citoyens votent, mais c'est le chef de la police qui met les bulletins dans l'urne."
Joel Beinin est le directeur du département Moyen-Orient de l'université américaine du Caire. Il s'est rendu à Mahalla dimanche et a assisté aux émeutes.
La grève a été organisée grâce à un groupe sur Facebook qui
regroupe 66 000 personnes. Mais le comité d'organisation de cette grève a
finalement décidé de tout annuler et les plus jeunes n'ont pas apprécié. Alors,
quand les ouvriers ont fini leur rotation au travail, à 15h30, ils se sont
rendus sur la place principale. Un manifestation spontanée a alors éclaté. Les
forces de sécurité ont fini par jeter des pierres pour la disperser. Je suis
parti quand c'est devenu trop violent. Et quand je suis revenu, des feux
avaient été allumés et on m'a dit que des écoles avaient été incendiées. J'ai
alors décidé de quitté la ville. A la sortie de Mahalla, il y avait un feu en
travers de la rue. Mais il avait vraisemblablement été allumé par la police
pour empêcher les gens de sortir de la ville, en attendant que les troupes
interviennent. On s'est cru bloqué, mais on a quand même réussi à quitter la ville
en faisant un détour. Il n'est plus possible de retourner en ville maintenant."
Au début de la manifestation.
Les troupes arrivent en ville pour disperser les manifestants.
Photos du journaliste James Buck.