A l’occasion du cinquième anniversaire de l’invasion de l’Irak, George Bush vient de faire un discours, devant le Pentagone, dans lequel il a salué une "victoire stratégique" dans la guerre contre le terrorisme. Deux blogueurs américains critiquent le discours de leur Président, mais pour des raisons très différentes.
Dans ce discours, George Bush a réaffirmé que chasser Saddam Hussein du pouvoir était la « bonne décision », et ceci est un combat que "l'Amérique peut et doit gagner". Il a par ailleurs livré un argumentaire déjà connu pour justifier la poursuite de la guerre : les Américains doivent combattre Al-Qaïda en Irak pour ne pas le combattre aux Etats-Unis, se retirer trop rapidement sèmerait le "chaos" et enhardirait les "terroristes" et l'Iran voisin.
"TexasFred" est un blogueur à la retraite qui "dit toujours exactement ce qu’il a à dire" :
Avant que nous allions en Irak, il n’y avait PAS d’insurgés. Saddam ne laissait personne se mettre en travers de son chemin. Le seul terroriste irakien s’était Saddam Hussein lui-même, et il ne s’en prenait qu’à son peuple, pas aux USA. Saddam n’était pas lié à al-Qaïda ou aux attentats du 11 septembre. L’Irak ne faisait pas parti de la guerre contre la terreur avant que Bush ne l’y mette. (…)
Nous sommes allés en Irak parce que Bush nous disait que Saddam avait des armes de destruction massive, alors qu’en vérité, il n’était même pas une menace pour les pays voisins. Et pour être très honnête, s’il avait effectivement les moyens de menacer ses voisins, est-ce que ce n’était pas à eux de se débrouiller avec cette menace ? (…)
Appeler cette débâcle un succès est une tentative d’autojustification pathétique. L’Irak a ruiné les Etats-Unis et a coûté la vie à 4000 jeunes hommes et femmes. Ca fait cinq ans que ça dure, et ça ne semble pas prêt de s’arrêter.
Pour ce cinquième anniversaire de notre débâcle en Irak, rappelons-nous de ceci : nous avons directement combattu pendant trois ans et huit mois lors de la seconde guerre mondiale, et nous avons gagné, alors que le combat semblait inégal. Et là nous nous battons dans un pays de la taille du Texas, sous la direction d’un débile qui nous affirme que cette guerre est un succès.
Essayons de dire les choses aussi clairement que possible : si George Bush avait été président en 1941, nous parlerions tous japonais ou allemand. Car si la guerre en Irak est un succès, je ne veux même pas savoir ce qu’il appelle un échec".Le colonel W. Patrick Lang est un ancien béret vert américain. Il a travaillé au département de la Défense et est spécialiste du Moyen-Orient :
Le Président est toujours "sûr". On peut le sentir à son comportement, à sa voix tendue et nasale, qui nous rappelle celle des personnages de "No country for Old men" [le dernier film des frères Cohen]. (…)
Bush a dit qu’il ne se retirerait pas d’Irak. Qu’il n’y aurait pas de retrait de troupes, à moins que ses généraux ne le demandent. Devinez ce que cela veut dire. Cela veut dire une "guerre sans fin", pour reprendre les mots d’Obama. Car les généraux ne prennent pas de décisions politiques. Par nature, parce que ce sont des militaires, ils détestent le risque. S’ils ont le choix entre continuer la guerre, et l’arrêter, ils choisiront toujours le status quo. (…)
Bush fait exprès de danser, de se contorsionner autour de l’identité de l’ennemi et les raisons que lui et ses amis jacobins néoconservateurs nous ont données pour nous engager dans cette guerre. Toute leur argumentation a depuis été « explosée », (…) mais ça n’a pas l’air de le déranger.
Le vice-président [Dick Cheney] semble être complètement hors de la réalité. Et il n’a pas honte le moins du monde de son déni de réalité sur la situation en Irak. Comment est-ce possible ? Est-ce qu’il est vraiment stupide, tout cela aurait-il un lien avec l’argent des compagnies pétrolières ? (…)
Et McCain, lui aussi, semble hors de la réalité. Lieberman a dû lui rappeler qu’Al-Qaïda est un groupe sunnite qui déteste le gouvernement d’Iran…
Les démocrates doivent vraiment se réveiller. Hillary et Obama doivent impérativement se rassembler pour un ticket commun [un partage de la présidence et la vice-présidence]".