Barack Obama est attaqué pour sa proximité avec le pasteur noir Jeremiah Wright. Les médias américains repassent en boucle les propos jugés antipatriotiques et racistes de celui qui est présenté comme le « conseiller spirituel » du candidat à l'investiture démocrate. Nous avons traduit les discours controversés du pasteur, notamment ses propos sur le 11-Septembre, et demandé à nos Observateurs, républicains et démocrates, de commenter cette polémique.
Publiée le 12 mars 2008
Qui s'intéresse aux difficultés que rencontre un noir pauvre
dans un pays contrôlé par des blancs riches ? (...) Je ne fais que lire le
texte biblique : Jésus était un noir pauvre qui vivait dans un pays et une
culture dominée par des blancs riches. Les Romains étaient riches. Ils étaient
italiens, ce qui veut dire qu'ils étaient blancs. Et ils contrôlaient tout au
pays de Jésus. Je viens juste de réaliser pourquoi dans ce pays tant de gens
détestent Barack Obama. Il ne correspond pas au modèle. Il n'est pas blanc. Il
n'est pas riche. Il n'est pas privilégié. Hillary correspond au modèle. (...)
Hillary n'a jamais été refusée par un taxi parce qu'elle n'avait pas la bonne
couleur de peau. Elle n'a jamais été priée de se ranger sur le côté par la
police parce qu'elle conduisait dans le mauvais quartier. J'en ai marre des
nègres qui ne comprennent pas ça ! (...) Hillary ne s'est jamais fait
traiter de « nègre ». Elle n'a jamais été désignée par les siens
comme une non-personne. Elle n'a pas eu à travailler deux fois plus dur pour
être acceptée par les blancs riches. (...) Je suis tellement content d'avoir un
dieu qui sait ce que c'est que d'être un noir pauvre dans un pays contrôlé par
des blancs riches. Il m'a appris à aimer mes ennemis. A ne pas m'abaisser à
leur niveau de haine, de bigoterie et d'étroitesse d'esprit. Hillary n'a jamais
été critiquée par les siens parce qu'elle n'était pas assez blanche. Les
propres amis de Jésus se sont rangés du côté de ses ennemis. C'est pour ça que
Jésus vous aime tous. Il n'a jamais laissé la haine détruire ses espoirs. J'aime
ce nom. J'aime chanter ce nom."
Publiée le 14 mars 2008
L'introduction du présentateur de MSNBC :
Pensez à l'endroit où vous étiez le dimanche qui a suivi les
attentats du 11-Septembre. Et pensez à votre état d'esprit ce jour, en tant
qu'Américain dévasté par ce qui s'était passé. Pensez aux 3000 Américains qui
venaient de mourir. (...) Ça, c'est ce que le conseiller spirituel de Barack
Obama a dit cinq jours après le 11-Septembre..."
Le pasteur Wright :
On a bombardé Hiroshima. On a bombardé Nagasaki. On en a tué
bien plus qu'à New York et au Pentagone. Sans sourciller. On a soutenu le
terrorisme d'Etat contre les Palestiniens et contre les Sud-Africains noirs. Et
maintenant, nous sommes indignés ! Parce que ce que nous avons fait de
l'autre côté de la mer nous retombe dessus ?"
Notre Observateur, Wayne, est un supporter de Barack Obama :
Comme beaucoup, j'ai trouvé les commentaires de Jeremiah
Wright honteux. Au premier abord, tu te demandes pourquoi Obama s'est associé à
quelqu'un comme ça. Mais ils ont plusieurs générations d'écart. Wright a grandi
dans les années soixante. Moi qui ai 31 ans, je n'ai pas développé le même
genre de haine, pareil pour Obama. Mon grand-père tenait le même genre de
discours. C'est quelqu'un que j'aimais beaucoup ; ça ne veut pas dire que
j'étais d'accord avec lui.
Les médias se servent de cette histoire pour l'abattre. Ils veulent faire croire qu'Obama déteste les Etats-Unis. La presse est mise sous pression, notamment par le camp Clinton. C'est comme si les médias pensaient qu'il a jusqu'ici été favorisé, à cause de sa couleur de peau, et qu'ils essayaient de compenser. Ils sont obsédés par cette histoire de race. Or Obama a tout fait pour ne pas être perçu comme un candidat noir.
Mais je ne pense pas que la controverse lui nuise tant que ça. Il s'en est bien sorti car il n'a pas évité la question. C'était courageux de faire un discours [référence au discours de mardi] sur les questions de race et de religion. Il est très rare de voir un candidat aborder ces sujets de front."
Notre Observateur, Ken Shepherd, est le responsable du blog républicain NewsBusters :
Je trouve que les médias ont été très prudents. Ils veulent
croire qu'Obama a les meilleures intentions, qu'il n'est pas lié à ce pasteur.
Et lui-même a évité le sujet. Dans son discours, aujourd'hui [mardi], il a
cherché à couvrir les propos de Wright avec ses excuses. Les analystes
politiques conservateurs vont le faire remarquer, mais pas les médias. Ce sont
les blogueurs qui ont pointé du doigt, avec raison, la façon dont les médias
traditionnels ont couvert cette histoire. Nous verrons bien si cette affaire le
dessert lors du prochain vote, mais ce ne sera que le 22 avril. Cette affaire
sera surement oubliée d'ici là."